La librairie la Dérive fête ses 40 ans : bon anniversaire !

  • Par uqnd
  • Le Dim 14 Oct 2018
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C’est un samedi matin Place Sainte-Claire, à une table de l’Express Bar, qui jouxte la librairie La Dérive, que nous avons rencontré, Eline (5 ans) et moi-même (Laurie), Yves Barruffaldi, le propriétaire de cette librairie de quartier depuis 40 ans !

Comme un clin d’oeil à la Dérive Jeunesse (1), Eline avait elle aussi préparé quelques questions... Retour sur un échange à trois voix, trois générations habitantes du quartier :

Laurie : Qu’est ce qui vous a donné envie de devenir libraire ?

Yves : C’est surtout par passion, déjà à l’âge de 14-15 ans, tous les matins je passais devant la devanture de la librairie des Hautebises à l’époque située Rue Dominique Villars, et ce nom poétique me faisait déjà voyager dans un univers littéraire. Puis à 21 ans j’ai commencé à travailler à la librairie Arthaud… Les livres ne m’ont donc jamais quitté.

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Laurie et Eline : La question revient certainement régulièrement, pourquoi la librairie s'appelle-t-elle "La Dérive" ?

Yves : Voici la petite histoire… Durant 10 ans vendeur dans une grande librairie du centre-ville de Grenoble, il y avait longtemps que je voulais m’évader, voler de mes propres ailes. Au cours des années 1975-1980, de nombreux passionnés créaient leur librairie. Nombre d’entre elles ont fermé quelques années plus tard. Ils voulaient transmettre leur amour du livre, mais la rigueur de la gestion les a rattrapés et ils ont dû céder face aux chiffres. Dans ces années-là, les librairies se nommaient « la Marge », « la Différence », des noms qui reflétaient l’ailleurs, l’autrement. Un ami m’a suggéré "La Dérive" que j’ai accepté immédiatement.

Laurie : Vous fêtez en 2018 les 40 ans de votre librairie La Dérive, depuis 1978 vous avez donc vu évoluer le quartier en tant qu’habitant et commerçant, qu’est ce qui a changé en 40 ans ?

Yves : J’ai ouvert la librairie en 1978, mon papa était déjà commerçant dans le quartier, puisqu’il tenait une boulangerie rue Bayard, et moi je suis né rue Voltaire, je connais donc ce quartier depuis toujours. Le quartier a beaucoup évolué et s’est transformé, notamment avec l’essor des nouveaux déplacements doux comme le vélo ou la trottinette mais le changement s’est surtout opéré avec la disparition des commerces de proximité au profit de bars et établissements de restauration rapide. La variété des commerces a disparu et les habitants du quartier ne trouvent plus sur place le nécessaire quotidien. Avant, que ce soit rue Bayard ou rue Jean-Jacques Rousseau il y avait des boucheries, boulangeries, des magasins de vêtements etc. L’ambiance a changé, le quartier vit plutôt la nuit désormais que la journée, ce qui lui porte préjudice à mon sens.

Eline : Quel est votre meilleur souvenir depuis l’ouverture de la librairie ?

Yves : Dans les années 90, les Unions de Quartiers et des Commerçants oeuvraient toujours ensemble pour l’animation du quartier, une fois nous avions organisé un événement dans le but de battre le record du monde de la plus grande tablée. Habitants, commerçants, associations, tout le monde s’était rassemblé, la table partait de derrière les halles Sainte-Claire pour aller jusque dans la rue Hache. Des commissaires du livre des records sont venus pour la mesurer… Nous ne savons pas si le record a été consigné, mais ce jour là l’ambiance fut mémorable. Je me souviens aussi des jours de mardi gras, où chaque année, les commerçants du quartier se déguisaient et passaient les uns chez les autres.

Eline : Vous souvenez-vous du premier livre que vous avez vendu ?

Yves : Oui très bien, c’était “L’établi” de Robert Linhart. L’histoire d’un intellectuel qui se fait embaucher dans une usine Citroën. A  l’occasion des 40 ans de la librairie, j’ai même commandé quelques exemplaires de ce livre, ils sont sur mon comptoir ; ce qui serait drôle c’est que la dame à qui je l’ai vendu à l’époque, se présente de nouveau à moi en disant “c’est à moi que vous aviez vendu “L’établi” !”.

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Laurie : Avez des clients adultes aujourd’hui que vous avez connu en tant que client enfant ?

Yves : Muriel Granier, qui a tenu la Dérive Jeunesse pendant 18 ans pourrait certainement mieux vous répondre. Je sais que Muriel a vu grandir pas mal d’enfants du quartier. Tout petits, clients avec leurs parents, elle les retrouvaient à 16-17 ans toujours fréquentant la librairie.

Eline : Pourquoi avez-vous fermé la librairie pour enfants ?

Yves : Le fait de devoir garder deux commerces ouverts pendant de larges amplitudes horaires, augmentait considérablement les charges. Nous devions avoir plusieurs salariés, payer les charges des deux magasins, et avec la baisse de clientèle (arrivée du commerce électronique, disparition de places de stationnement, inflation…) cela n’était plus possible de maintenir les deux commerces. En 2010, nous avons donc décidé, avec un pincement au coeur, de fermer la librairie jeunesse.


Nous avons ensuite demandé à Yves, quelques conseils lecture...

Eline : Quel livre pour enfant avez-vous beaucoup aimé ?

Yves : “Le Géant de Zeralda”, de Tomi Ungerer, paru à l’école des Loisirs ; puis aussi “Fifi Brin d’Acier”, mais celui-ci est pour des enfants un peu plus grand que toi.

Eline : Moi, j’adore le livre “Le Chien invisible” (2)

Laurie : Et pour adultes, quel livre avez-vous adoré et que vous nous conseilleriez ?

Yves : C’est un livre de Guy Boley (3) “Quand Dieu boxait en amateur”, un très bel hommage de cet auteur à son père…
 

La conversation s’est ensuite poursuivie jusque dans la librairie, car c’était bientôt l’heure d’ouvrir le rideau, nous avons donc pu découvrir “les coulisses” de ce commerce historique.

Laurie : Et enfin, quel livre conseillez-vous pour découvrir Grenoble et le quartier ?

Yves : Il y a un livre riche en informations qui, à travers des promenades, donne beaucoup d’indications culturelles et historiques : “Promenades dans Grenoble” de René Bourgeois, Stephan Corporon, Vincent de Taillandier. Mais il y a aussi un livre sur “L’art nouveau à Grenoble” de Elodie Peiffer, que je vous incite à découvrir.

 

Après presque une heure d’échanges, nous avons laissé Yves ouvrir sa boutique et poursuivre son rêve réalisé de libraire.


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La Dérive, 10 place Sainte-Claire, est ouverte de 14h à 19h le lundi, de 9h30 à 19h sans interruption du mardi au vendredi et le samedi de 10h à 12h et de 14h à 19h.

Programme et mots autour des 40 ans de La Dérive : https://laderivegrenoble40ans.wordpress.com

L’association “Rives et Dérives” oeuvre aux côtés de Yves depuis 17 ans, ses membres partagent leurs lectures, publient un journal (4) et organisent des rencontres d’auteurs.

Pour joindre cette association : rivesetderives@club-internet.fr

Interview croisée réalisée par Eline et Laurie Martin

 

Notes :

(1). La Dérive Jeunesse, anciennement la Voûte Sainte-Claire, était la librairie dédiée aux livres jeunesse, seconde librairie ouverte par Yves Baruffaldi.
(2). Livre jeunesse écrit par Claude Ponti
(3). 
Guy Boley a par ailleurs écrit un très bel hommage à Yves et sa librairie, dans le dernier numéro (n°76) du journal des Amis de la Dérive, que vous pouvez trouver à la librairie bien-sûr !
(4). Le journal est disponible gratuitement à la libraire, nous vous invitons à découvrir le numéro spécial 40 ans, qui contient des photos historiques.

 



 

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